A/C Hubert Lame - Bir-Hakeim

Aller au contenu

Menu principal :

A/C Hubert Lame

MEDIATHEQUE
Envoi de Claude Gervais
C'est une anecdote, évoquée lors de l'éloge funèbre d'un grand Soldat, l'A/c Lame , Gd Officier LH et compagnon d'armes de Bigeard. Je la trouve pleine de sel et représentative d'une "autre époque". 
La disparition d’un grand soldat

L’adjudant-chef (H) Hubert Lame vient de nous quitter en ce mois de février 2015. J’avais eu le plaisir et surtout la fierté de lui remettre les insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur à Carcassonne en juillet 2012 : un sous-officier élevé à la Dignité est un événement rarissime.

Il faut dire qu’il avait été deux fois blessé, onze fois cité et qu’il était commandeur de la Légion d’honneur depuis 2001. Avec lui je perds un ami. Nous nous étions connus en 1956, en Algérie, au 3ième RPC du colonel Bigeard ; nous étions chefs de section l’un et l’autre, lui, adjudant, déjà Légion d’honneur à la « 4ème » compagnie et moi, jeune lieutenant à la «1ère ».
________________

Il me revient une anecdote insolite où il tient le rôle d’acteur principal tandis que le colonel Bigeard tient un rôle secondaire…. mais important ! En août 1956, le régiment est en repos dans la ville de Bône. « Bruno », notre chef de corps, a installé son PC sur le port de commerce. Un matin, alors qu’il achève son footing, un « fel » surgit de derrière un container et le rafale quasiment à bout portant.
La nouvelle de l’attentat se répand comme une traînée de poudre et la rumeur dit que Bruno serait mort. Il faut tenir les hommes pour qu’ils n’aillent pas faire vengeance.
Et nous voilà rassurés : Bruno est blessé… on fait appel aux donneurs de sang. Le lendemain, à l’hôpital, Bruno revient à lui et voit, sur le lit voisin, l’adjudant Lame venu pour lui donner son sang. Il connaît bien Lame, le sous-officier le plus valeureux du régiment ; il l’estime beaucoup. Leurs liens viennent de changer de nature : ce sont désormais des liens de sang.

_________________

Six mois plus tard, nous voici en opération dans le massif de Médéa, à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Alger. Nous affrontons un commando zonal. L’engagement est rude, il se termine au corps à corps dans les égouts de la ville qui se déversent dans une vallée très escarpée : nous avons une dizaine de tués dont trois sous-officiers. Les compagnies ont été hébergées dans la vieille caserne de tirailleurs lesquels, fait étrange, ne semblent pas concernés par la guerre. Ils effectuent un service de temps de paix digne de la vieille armée d’Afrique.

Hubert Lame et ses sous-officiers sont allés dégager en ville. Lorsqu’ils reviennent à la caserne vers minuit, ils trouvent porte close. Lame demande à voir le sous-officier de permanence puis l’officier de permanence. Tous deux lui refusent le droit d’entrée. Le ton monte. Lame, ancien champion de France militaire de boxe, allonge un crochet du droit à l’aspi qui s’écroule « au tapis ». La sentinelle prend peur et ouvre la grille.
Les « dégageurs » montent se coucher. Fin du premier acte.

__________________

Le lendemain matin, le colonel Bigeard est fou furieux, comme jamais : le chef de corps des tirailleurs l’a informé de l’incident de la nuit. Il veut faire un exemple. Il rassemble les commandants de compagnie. La « 4ième » est commandée par le lieutenant Douceur auquel les « dégageurs » ont déjà rendu compte.
L’ambiance de la réunion est lugubre et tendue. Bruno annonce qu’il sera sans pitié car ce genre de comportement est inadmissible ! « Qui a fait le coup ? » Silence total. « Je répète : qui a fait le coup ? ». Claude Douceur, n’y tenant plus, se jette à l’eau : « c’est chez moi, mon colonel ! »
« Alors là, mon cher Douceur, je vous ai prévenu, je serai sans pitié car il faut que je fasse un exemple ! Qui est-ce !… Je vous répète : qui est-ce ? »
Silence prolongé. Claude Douceur se jette à l’eau :

« C’est l’adjudant Lame, mon colonel ! » ! Silence prolongé… pesant.

« Qui ça ? » répète Bruno. « Lame, mon colonel ! »

Re- silence ….re- prolongé…

Bruno, prenant son temps, jette, en silence, un regard sur chaque participant puis annonce :
« mais il est con cet aspirant ! »

(L’affaire fut classée sans suite)
Général (c.r.) François Cann

L'adjudant chef Lame nous a quitté mercredi dernier à l'age de 87 ans. Un détachement du 3 et de l'amicale du régiment s'est rendu samedi à ses obsèques à Jeandelaincourt (54).
Homme ayant le sens du devoir, à 17 ans, il s’engage au 23e RIC pour les campagnes de France et d’Allemagne. Il effectuera ensuite trois séjours en Indochine. Le premier au 21e RIC, où il est blessé et cité quatre fois. Le 2e au 5e bataillon de parachutistes coloniaux où à 25 ans il reçoit la médaille militaire après avoir été promu sergent-chef. Il accomplira son 3e séjour au 7e Bataillon de parachutistes coloniaux où il sera cité. En juillet 1956, il rejoint le 3e régiment de parachutistes, « mon régiment préféré », confie t-il, basé en Algérie. Sous les ordres du Colonel Bigeard, il y opère comme chef de section chez « Bir Hakeim », la 4e compagnie. Il est cité quatre fois et nommé chevalier de la légion d’honneur en 1959 comme adjudant. L’adjudant Hubert Lame, passera 17 années de sa vie en campagne avec toujours cette même envie, celle de servir la France. « Un sacré chef de section para au feu », soulignera le général Cann en lui remettant sa distinction. Hubert a quitté le service actif en 1961. Agé de 85 ans, il réside à Ajoncourt (57), l’homme est resté très humble et très discret. Deux fois blessé, 11 fois cité, Hubert a été promu officier de la légion d’honneur en 1992, puis commandeur de la légion d’honneur en 2001, au titre des réserves, et enfin grand officier de la légion d'honneur. Mais il n’aime pas parler de lui. « J’étais là au moment là… Comme beaucoup d’autres soldats, mais hélas tous non pas eu ma chance, c’est comme ça », conclut Hubert avec beaucoup d’émotions.

COMMENTAIRE

 
Copyright 2015. All rights reserved.
Retourner au contenu | Retourner au menu