Le 1er Régiment de fusiliers marins

 

 

Capitaine de corvette Hubert Amyot d'Inville

 

Le 5 juillet 1940, l'amiral Muselier, désigné par le général de Gaulle pour prendre le commandement des unités "marine" de la France libre, décide de constituer une première unité de fusiliers marins. Entraînèrent la décision, le fait que l'amiral Muselier avait, en 14-18, combattu dans le bataillon qui s'était illustré à Dixmude et surtout, l'arrivée à Londres dans les derniers jours de juin 40, d'instructeurs et d'élèves de l'Ecole des fusiliers marins de Lorient qui seront l'armature de cette unité et la rendront opérationnelle à bref délai.


Drapeau du 1er RFM

Parmi eux, le maître-fusilier Le Goffic qui apporte avec lui la fourragère du drapeau de Dixmude. Avec lui, des hommes dont les noms retentiront tout au long de la grande aventure gaulliste : Colmay, Le Sant, Guaffi, Rey, Frémeaux, Przybylski, Roger.

Ainsi, malgré le faible nombre des volontaires "marine" qui ont pu  rejoindre l'Angleterre en juin 1940 et la nécessité de compléter au plus vite les équipages des navires ayant rallié la France libre depuis l'appel du 18 juin, le 1er Bataillon de fusiliers marins (1er BFM) prend corps, le 17 juillet, à bord du cuirassé Courbet à Portsmouth. Le lieutenant de vaisseau Détroyat est désigné pour en prendre le commandement. L'effectif est d'environ 250 hommes, officiers inclus, parmi lesquels les enseignes de vaisseau des Moutis, Amyot d'Inville, Touchaleaume, Le Bourgeois.

Après quelques semaines d'entraînement à un rythme accéléré au camp d'Aldershot, le Bataillon embarque à Liverpool sur deux navires, le Westernland  et le Pennland qui se dirigent en convoi avec l'ensemble des forces terrestres de la France libre, sous escorte navale franco-britannique, vers Dakar où le général de Gaulle veut tenter de rallier l'Afrique occidentale française, à la France libre.

Après l'échec de cette tentative, le 1er BFM repart en direction du Cameroun et débarque à Douala. Il participe activement aux opérations de ralliement du Gabon et à la prise de Lambaréné en novembre.

L'unité organise ensuite la défense de Port-Gentil et de Brazzaville au Congo, prenant en charge l'administration générale du secteur, la levée et l'instruction de troupes africaines pour la France libre. Le 23 avril 1941, au terme d'un long périple qui l'oblige à faire le tour de l'Afrique, le 1er BFM arrive au camp de Qastina en Palestine où se regroupent sous le sigle de Première Division légère française libre, les forces terrestres françaises qui se préparent à entrer en Syrie aux côtés des forces britanniques.
 


Défilé du 1er Bataillon de fusiliers marins
 

Le 1er BFM prend part, à partir du 13 juin aux opérations qui se dérouleront jusqu'à la prise de Damas. Le bilan est lourd pour le bataillon ; les pertes s'élèvent à 40% des effectifs engagés. Le commandant Detroyat est tué. Amyot d'Inville et l'enseigne de vaisseau Touchaleaume sont blessés : le lieutenant de vaisseau des Moutis assure le commandement du Bataillon qui entre à Beyrouth le 16 juillet 1941.

Promu capitaine de corvette, Amyot d'Inville a pris le commandement du Bataillon qui, sur ses instances, est transformé en unité de DCA, équipé dans un premier temps de matériel récupéré en Syrie, avant de l'être en canons Bofors. Le Bataillon est ainsi chargé de la défense aérienne de la 1ère Brigade française libre sous les ordres du général Koenig, qui est intégrée à la VIIIe Armée britannique.


Dans le désert de Libye, exercice de DCA

 



Sous le commandement du capitaine de corvette Amyot d'Inville et de son adjoint le lieutenant de vaisseau
lehlé, le Bataillon participe à tous les déplacements et combats de la Brigade dans les déserts libyen et égyptien : Halfaya (janvier 1942), Bir-Hakeim (mai-juin 1942), El Alamein (octobre l942).

À Bir Hakeim, du 27 mai au 11 juin 1942, au cours de quinze jours de combats ininterrompus, les fusiliers marins - qui viennent de toucher courant mai des canons Bofors flambant neufs et les ont étrennés le 27 mai en abattant un Messerschmitt 110 - auront tiré 47 200 obus de DCA sur des avions ennemis qui ont effectué 5 200 passages, abattu 7 avions allemands et détruit de nombreux véhicules de l'Afrika Korps.

Après la sortie de vive force du 10 au 11 juin qui brise l'encerclement des troupes allemandes, le Bataillon est replié sur El Daba, puis envoyé au repos à Helouan près du Caire. La conduite héroïque des fusiliers marins à Bir Hakeim est marquée par une citation à l'ordre de l'armée pour le bataillon et par l'attribution de la Croix de la Libération à Hubert Amyot d'Inville et à l'enseigne de vaisseau Pierre lehlé.

Le 12 octobre, le Bataillon, qui a recomplété ses effectifs et reconstitué avec du matériel neuf son armement, repart pour la Libye avec la 1ère Division française libre (1ère DFL). Celle-ci prend position le 30, à l'extrême sud de la ligne d'El Alamein qui va de la mer à la dépression de Quattara, infranchissable pour de grandes unités. La Division y est chargée d'une attaque de "diversion" sur le massif de l'Himeimat qui lui fait face ; opération au cours de laquelle l'infanterie, aventurée dans un secteur où ni les canons antichars ni les blindés ne peuvent l'appuyer, subit le lourdes pertes. A l'issue de la formidable bataille d'El Alamein qui contraint Rommel, à court de matériel et à bout de souffle, à battre en retraite, le Bataillon assure la couverture aérienne de la 1ère DFL au cours de la poursuite de l'Afrika Korps qui s'achève par la libération de la Tunisie en mai 1943.

 

Le 1er Régiment de fusiliers marins

Le 24 septembre 1943, le 1er BFM, ses effectifs gonflés à bloc par des volontaires provenant de la marine d'Afrique du Nord (en particulier radios et mécaniciens), devient le 1er Régiment de fusiliers marins (1er RFM), unité blindée de reconnaissance de la 1ère DFL sous le commandement du capitaine de corvette Amyot d'Inville. Reéquipé sur matériel américain, il comprend 885 hommes dont 30 officiers répartis en quatre escadrons de combat commandés respectivement par Barberot, Savary, Brasseur-Kermadec, Langlois puis Cadéac d'Arbaud et l'escadron hors rang par Sekutowitch.

Après un entraînement soutenu sur les chars et autres engins américains, le Régiment est, le 1er mars 1944, consacré dans son rôle de régiment de reconnaissance de la 1ère DFL commandée par le général Brosset.

Le 22 avril 1944, le 1er RFM débarque à Naples au sein de la Division, et s'insère dans le plan de bataille qui va, dès le 12 mai, entreprendre de rompre le front allemand qui barre toute l'Italie au sud de Rome.

Après les violents combats des fusiliers marins sur le Garigliano qui « ouvrent brillamment la marche en avant qui devait conduire la division jusqu'à Rome » (cf. général Brosset), le RFM - qui est en avant garde de la Division sur trois axes - combat brillamment à Montefiascone et Radicofani. Ses pertes sont importantes : 61 morts dont Amyot d'Inville, et 140 blessés.

Le 16 août 1944, sous le commandement du capitaine de corvette de Morsier, le 1er RFM débarque en Provence à Cavalaire, à la tête de la 1ère DFL. Après les combats pour la libération de Toulon et Hyères, l'unité remonte le Rhône, atteint Lyon évacuée par les troupes allemandes, puis Autun où l'escadron Savary entre après un dur accrochage au cours duquel cinq hommes sont tués et quatre blessés. Savary fait, à ce moment, la liaison avec des unités de la 2e DB (Leclerc) débarquée en Normandie.




 

Le RFM poursuit son avance en direction des Vosges. Le 27 septembre, l'escadron de chars mène l'attaque sur Clairegoutte avant de prendre Ronchamp le 8 octobre, puis Vescemont, Rougegoutte, Romagny et Rougemont-le Château le mois suivant. Se distinguent particulièrement dans ces opérations : l'enseigne de vaisseau Bokanowski, l'aspirant Vasseur et, aux côtés des marins, les hommes du 11Cuir-Vercors qui ont été mis sous les ordres du 1er RFM.


 



Remise de la Croix de la Libération
au 1er RFM par le général de Gaulle
 

Après la campagne Vosges, la 1ère DFL est envoyée sur le front de l'Atlantique pour réduire la poche de Royan, mais elle rappelée d'urgence sur le front de l'Est pour faire face à l'offensive allemande menée par von Rundstedt en décembre 1944.

En janvier 1945, les fusiliers marins se distinguent à nouveau en Alsace, à Herbsheim et Rossfeld, avant de poursuivre leur marche en avant victorieuse vers le Rhin.

Retirée du front d'Alsace, la Division est affectée au détachement de l'armée des Alpes en avril 1945, dans le massif de l'Authion où le 1er escadron qui " a éclairé, appuyé, protégé toutes les actions de l'infanterie, ... et a été un élément déterminant du succès, a perdu 5 officiers sur 6 et près de 50% des effectifs engagés ".

Entre octobre 1940 et mai 1945, l'ensemble 1er BFM / 1er RFM a perdu 195 hommes dont 12 officiers parmi lesquels 2 de ses commandants : 200 Croix de Guerre, 70 Médailles militaires, 32 rubans de la Légion d'Honneur et 31 Croix de la Libération ont été décernés à ses hommes. Le drapeau du 1er RFM compte, en plus des 6 citations à l'ordre de l'armée méritées en 1914-1918, 5 citations à l'ordre l'armée obtenues pour 1939-1945 avec attribution de la Croix de la Libération, de la Médaille de la Résistance et de la Croix de Guerre.

Parmi ses morts, le matelot mécanicien Georges Brières, tué à Giromagny, été choisi pour reposer dans le caveau n° 8 de la crypte du Mémorial de la France combattante au Mont Valérien, où il représente le sacrifice de tous les marins morts pour la Libération de la France.

Le 8 août 1945, le 1er RFM est remis à la disposition des autorités navales. A cette occasion, le général Garbay, qui a remplacé à la tête de la la 1ère DFL le général Brosset, mort en opération dans les Vosges, diffuse l'ordre général suivant :

« Après cinq années de lutte en commun, le Régiment de Fusiliers marins quitte la Division. Sa mission est remplie. Tant de morts tombés au cours de multiples combats pour la Libération en constituent le témoignage. Officiers, sous-officiers et soldats de la Première Division Française Libre se rappelleront toujours avec orgueil et gratitude les batailles du désert, d'Italie et de France où les Fusiliers marins précédaient notre avance dans les positions ennemies"

Le drapeau, la mémoire et la tradition du Premier Régiment des fusiliers marins sont confiés à l'Ecole des fusiliers de Lorient.

Roger Barberot